Carnet de brouillons

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l'histoire d'une épreuve

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mardi 31 janvier 2012

Son anniversaire

Hier je vous parlais de mon il qui a pris un coup de vieux à cause de son cancer et aujourd'hui c'est son anniversaire. A cette occasion, une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de ce que le cancer ne nous à pas pris.

L'étincelle espiègle de son regard, notre complicité, ma façon de lui dire des bêtises, sa façon d'en rire qui me rend toujours si heureuse. Notre amour... c'est une chose assez extraordinaire que l'amour au fond ne soit pas atteint. L'épreuve nous soude même peut être d'avantage. Je veux dire, on fait le tri n'est ce pas, les choses essentielles, les choses anecdotiques. On était assez fort lui et moi déjà pour ne pas trop s'attarder sur l'anecdotique, comme la lunette des WC qu'on ne retrouve pas dans la position adéquate, mon bol de petit déjeuné qui traine longtemps sur la table et qu'il finit souvent par débarrasser, vous voyez ce genre de choses. On ne s'en est jamais fait le reproche, à peine avons nous esquissé quelques moqueries. Je m'offrais le luxe de douter de nous, parfois, j'avais peur de mener "une vie de con". Le genre de vie ou on est côte à côte, mais pas vraiment ensemble. Régulièrement j'allais toquer à la porte de sa bulle "occupes toi de moi" je lui disais. Le luxe du doute...

Comme ces doutes me semblent dérisoires aujourd'hui. Ce n'est pas le cancer qui nous rapproche, mais la perception aiguë, à travers cette épreuve que l'amour est là, solide. J'aime lui faire plaisir et je m'agace toujours de son manque d'enthousiasme, non, de son manque d'expression de son enthousiasme, mais je me sens ... Comment dire ... Si proche de lui...

Il faut vous dire aussi, encore surement, que mon il m'offre une telle liberté d'être moi. Ce sentiment que rien venant de moi ne peut le blesser, le décevoir, qu'il accepte le tout comme il l'a toujours fait. Qu'il respecte mes besoins, plus que les siens bien souvent. Cet homme que j'aime n'est pas commun, il est très fort, humainement, incroyablement fort. Je ne comprend pas toujours comment il fait, gère, vit, je suis souvent, comment dire, un grand point d'interrogation face à sa façon de gérer les choses, mais j'apprends à respecter son étrangeté. Il y a de ça entre lui et moi, le respect de ce qui nous est étranger.

J'aime cet homme et je vous jure que souvent je me dis : " j'ai de la chance, le rencontrer, l'aimer, partager sa vie, avoir un enfant avec lui, j'ai de la chance" et vous savez quoi, quelque soit l’issue, ça, le cancer ne me le prendra jamais. C'est fait, c'est pris, c'est inscrit en moi à jamais.

Je l'aime tellement ... Je t'aime tellement ... Joyeux anniversaire mon amour.

samedi 3 décembre 2011

Un jour. Une Nuit

Cette histoire est la notre, mais pas seulement. Beaucoup de couple, de famille, traversent ce genre d'épreuve. Je l'écris parce que je témoigne, c'est mon truc ça, le témoignage. Ceci est un épisode dans cette vaste épreuve que nous traversons. Un épisode dont tu n'as pas le moindre souvenir, tant mieux. Un épisode, une épreuve, une aventure, une histoire qui se raconte...

Tu es tombé un jour. Comment cela s'est il passé ? Tu as perdu la faculté de parole en premier, ironie du sort. Tu voulais me dire quelque chose, tu n'as jamais réussi. Ton visage s'est paralysé, puis tu es tombé de ta chaise au sol. J'ai tendu mes pauvres bras vers toi, mais tu étais trop lourd, tu m'as échappé, es tombé au sol.
J'ai crié ton nom. Puis j'ai crié le nom de ton fils qui s'occupait de notre merveille dans la chambre d'à côté. Enfin j'ai cru crier, mais en fait j'ai appelé. Ton fils m'a dit ensuite que ma voix était normale et qu'il n'a pas répondu tout de suite, parce qu'il n'a pas senti l'urgence. Mais j'ai dû crier vraiment une fois. J'ai dit "appelle les secours", il m'a demandé "qui ?", j'ai dit "démerde toi, n'importe qui, appelle à l'aide". Je lui ai parlé comme ça exactement, avec cette violence là, "démerde toi" je lui ai dit. J'ai eu tellement peur, au delà de l'imaginable, au delà de mes mots pourtant si nombreux pour le dire.
Il a appelé les pompiers.

Tu étais au sol, secoué parfois de spasmes violent. J'avais un pompier au téléphone qui me demandait de me calmer. Je voulais donner toutes les informations, je ne me rendais pas compte que je n'étais pas cohérente. Il m'a donné un ordre, je me souviens bien de ce ton. Comme un parent qui gronde son enfant pour lui intimer de se calmer. J'ai obéi immédiatement. Il a posé des questions, j'ai répondu. il m'a demandé de faire certains gestes, je les ai fait, puis J'ai attendu. Tu étais inconscient à mes pieds, je t'avais glissé un coussin sous la tête. Les pompiers sont arrivés. ils étaient quatre au début.

J'étais dans leur patte tout le temps. Penchée sur toi à te parler, à tenter de te rassurer. Quand tu reprenais conscience, tu étais en pleine confusion, tu avais un regard totalement paniqué. J'étais au sol, presque couchée sur toi, à te parler encore et encore. Les pompiers m'ont laissé faire parce que ça te calmait en effet. Sans ça, tu te débattais, ils n'arrivaient pas à prendre ta tension, ils n'arrivaient pas à s'occuper de toi.

Par moment je m'écartais, j'allais m'assoir sur le bord du canapé et je pleurais.

D'autres pompiers sont venus. ça a défilé. Notre merveille est venu voir, elle t'a vu au sol, elle a demandé "qu'est ce qu'il a papa ?" J'ai répondu "il ne s'est pas senti bien, il a eu besoin de se coucher, tu vois on lui a mis un oreiller sous la tête pour qu'il se repose. Va dans ta chambre ma chérie, ton frère va s'occuper de toi, et nous on s'occupe de papa." Elle est retournée dans sa chambre.

Les pompiers n'arrêtaient pas d'entrer et sortir de l'appartement, elle leur disait "bonjour", elle avait sa voix de petite fille joyeuse, je n'ai jamais entendu de peur dans sa voix à elle. Ils ont décidé de t'emmener en service de réanimation. C'est seulement à ce moment là que j'ai pensé qu'elle pourrait aller chez sa nounou, j'ai téléphoné, j'ai envoyé ton fils l'accompagner. Puis j'ai attendu de savoir ou on t'emmenait.

ils t'ont mis sur un brancard, une planche. Tu étais attaché et tu avais une de ces fameuses couvertures de survie sur le corps. Ils t'ont descendu, porté durant nos quatre étages, je les entendais gérer les virages... Ils t'avaient fait une piqure, si bien que depuis tu étais totalement inconscient, mais au moins tu étais calme. Je suis descendu et nous avons attendu dans la rue, toi dans le camion de pompier, moi sur le marchepied, qu'on leur donne leurs instructions. j'ai pleuré encore un peu à ce moment là. Ton fils m'a demandé si ça allait. J'ai dit "c'est nerveux". La décision est tombé, ils t'ont emmené. Moi j'ai suivi en voiture, avec ton fils à mes côtés. il a été très bien ton fils. Il a parlé tout du long. Il m'a fait passer le temps en me noyant de parole.

A l’extérieure, j'avais retrouvé une sorte de calme. Cet étrange état dans lequel vous mets la nécessité de survie. Certain appelle ça le sang-froid, mais je ne sais pas si c'était bien ça. C'est comme si le corps prenait la direction des opérations, on fait les choses qu'on doit faire. Le cerveau se met sur off, pilotage automatique. Je me suis un peu perdue en voiture en cherchant l'hôpital. A l'intérieure, c'était ... Un champs de bataille juste après le grand affrontement, avec les morts encore chauds, les mourants encore gémissants...

Arrivés à l’hôpital, nous avons été mal renseigné, nous avons perdu un temps fou à attendre aux mauvais endroits. Je ne savais toujours pas réellement pourquoi tout cela était arrivé. Je ne savais pas dans quel état tu te trouvais. Ton fils a continué à me parler, à faire diversion. Nous attendions. Nous attendions. Nous attendions. C'était la nuit, l’hôpital semblait désert. Je voyais passer au loin des gens, infirmières ? Personne ne nous a demandé ce que nous faisions là. On nous a abandonné, oublié, dans un hall d'hôpital, richement aménagé, mais sans humanité.

Quand enfin nous avons vu un médecin, elle m'a dit que tu étais réveillé, que tu parlais à nouveau. Je me suis sentie soulagée. Elle m'a dit que tu étais un peu agité et que ma présence te ferait peut être du bien.

Nous sommes entrés dans ta chambre. Tu étais au service de réanimation. Tu étais attaché au lit, à moitié dénudé. Et tu hurlais. "j'ai mal ! J'ai mal". Tu ne savais pas dire où tu avais mal. J'ai appelé un infirmier qui m'a dit qu'il t'avait déjà donné quelque chose contre la douleur. Tu as reconnu ma voix quand j'ai parlé. Tu as dit " Je veux rentrer, ramène moi à la maison. Tu fais chier, je t'aime" dans la même phrase. J'ai essayé de t'expliquer ce qui c'était passé, ou tu étais, pourquoi tu y étais, mais tu criais, tu étais très agité, confus, violent, tu te débattais comme si ta vie en dépendait. ça a duré une éternité. Je me disais qu'il n'était pas bon que ton fils te voit dans cet état. Je voulais le protéger de cette vision qui me déchirait. Je voulais fuir cette chambre, la vue de ton corps attaché, le son de ta voix perdu, la perception de ton esprit inaccessible. Je voulais fuir mon impuissance et je ne pouvais me résoudre à t'abandonner. Je ne sais pas combien de temps ça a duré.

J'ai fini par quitter la chambre, impuissante. Je n'ai pas revu le médecin, j'ai juste croisé un infirmier qui m'a dit de rentrer chez moi, de me reposer, que je ne pouvais rien faire ce soir, cette nuit. J'avais l'impression d'être dans une quatrième dimension. Moi, je vivais un cataclysme absolu et en face, on me parlait comme si tu avais une entorse. Mais ça ne me rassurait pas. Parce que la seule chose que je percevais c'était leur ignorance à ton égard. il ne savait pas pourquoi tu étais dans cet état là, il ne savait pas combien de temps tu serais dans cet état là. Ils t'ont attaché pour que tu ne te fasses pas de mal, il t'ont donné des calmants mais pas trop pour pouvoir surveiller l'évolution de ton état, ils ont pris soin de toi sans aucun doute, mais rester dans l'ignorance, sentir la leur, c'était comme porter mille enclumes sur mon cœur.
L'infirmier m'a donné un prospectus avec le numéro où téléphoner pour avoir de tes nouvelles, il m'a dit que je pouvais appeler n'importe quand.

Je suis rentrée, j'ai déposé ton fils chez lui. La merveille dormait chez la nounou, je me suis retrouvée toute seule à la maison. Je ne crois pas avoir dormi cette nuit là...