Auteur : Jean Racine
Adaptation et mise en scène : Véronique ESSAKA DE KERPEL
Interprète : Luce COLMANT,
Musicien : Ludovic GOMA
Centre Culturel Mathis, 75019 Paris, le samedi 26 novembre à 20h
Place disponible à réserver ici
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jeudi 24 novembre 2011
Par Luce le jeudi 24 novembre 2011, 08:38
Auteur : Jean Racine
Adaptation et mise en scène : Véronique ESSAKA DE KERPEL
Interprète : Luce COLMANT,
Musicien : Ludovic GOMA
Centre Culturel Mathis, 75019 Paris, le samedi 26 novembre à 20h
Place disponible à réserver ici
dimanche 20 novembre 2011
Par Luce le dimanche 20 novembre 2011, 15:38
Il éprouve mais il n'a pas les mots, il n'a que des soupirs. De soupirs en soupirs il pourrait en écrire une musique de silences. Il ne peut dire, ni ce qu'il veut, ni ce qu'il sent, ni ses douleurs. De vagues sons sortent de sa bouche, ses mains font quelques signes et son regard, voilà ses mots à lui. Il n'est pas muet, mais il n'a pas les mots.
Pourtant, depuis quelques mois, On lui demande sans arrêt "que sentez vous ?" De réponses en réponses imprécises, on cherche à comprendre, à saisir, mais il nous laisse toujours un peu en dehors de lui. Comment pénétrer son monde ? Comment soulager ses douleurs si elles ne sont pas définies ?
On pourrait croire qu'il ne veut pas parler, on pourrait penser qu'il est pudique, et peut être que nous n'aurions pas tout à fait tort. Mais il est possible aussi que ce ne soit pas un choix mais une impuissance, une incapacité à mettre des mots sur l’émotion. Il est possible qu'il ait perdu la clé, le lien, possible qu'on ne lui ait jamais donné.
Alors je me demande: "comment vit il ce flot d'émotions qui le traverse sans pouvoir jamais les définir ? Est il triste ? a t-il peur ? A t-il mal ?" Oui, il a mal mais ou, mais comment ? Et j'ai une sorte de vertige à imaginer ce monde d'émotions qui ne trouvent pas de mots pour se définir, s'identifier, se reconnaître.
Il éprouve mais il n'a pas les mots. Il n'a que des soupirs. De soupirs en soupirs, il crée une mélodie du mal être. Des soupirs comme de toutes petites plaintes, discrètes. Moi même j'en deviens muette, mes mains et mes bras prennent le relais en caresses.
J'éprouve et j'ai une foule de mots pour le dire. Des mots et des mots qui de se dire pourrait écrire notre histoire. Mais il me faut écouter ses silences, ses soupirs, sinon ce ne serait que mon histoire et non la notre...
vendredi 18 novembre 2011
Par Luce le vendredi 18 novembre 2011, 00:48
Parfois, des pensées fugaces, comme des petites souris, se faufilent entre deux sourires. Un instant absent, absorbé d'ailleurs, du rire d'un enfant, d'une phrase apprise par cœur, et entre les secondes, le petit rongeur vient glisser une image, une pâleur, un soupir, et "le bord des larmes cherchant à l'emporter". Mais le corps reconnait sa musique, inspire, expire, "étrange et pénétrant" ses deux actes indispensables à la vie qui si on les sépare deviennent la vie et la mort.
Et pendant que l'un souffre, l'autre le regarde, acteur et spectateur, et pendant que l'un souffle, l'autre sans voix demeure.
Curieuse nature, dont la naissance est le chaos et l'harmonie le but, jamais tout à fait atteint, jamais tout à fait éteint. La vie est un chemin qui mène à l'illusion. Car derrière ce mystère, ce néant ou ce tout, dont nous ne savons rien, il n'y a que ce que nous créons, notre imagination. Mais ne confondons pas illusion et mensonge, magie et manipulation, l'un est un art de vivre, l'autre est un art de mort.
Quand choisissons nous de vivre ? à chaque instant ? En naissant ? Un autre jour ? Il y a tant de façon de choisir la mort, tant de façon de se détruire ...
Curieuse nature, que cette pulsion de vie parfois si violente, que cette pulsion de mort parfois si efficace.
J'ai parfois l'impression d'avoir décidé il y a bien longtemps, si longtemps que je ne peux me souvenir de l'origine, décidé, choisi mon camp.
C'est là, dans cet espace qui sépare les deux pôles, la vie et la mort, dans ce choix que s'épanouit ma liberté.
jeudi 16 juin 2011
Par Luce le jeudi 16 juin 2011, 09:22

Chiboum, ma chère Chiboum, m'offre ça. Comme je suis comédienne et que j'ai toujours rêvé de recevoir un Molière, mais bon, c'est pas fait, alors je me contente de ce prix et je m'en vais faire LE discours de remerciement de mes rêves ... Nan, je déconne... Merci Chiboum (c'est la règle numéro un, pas le début de mon discours) ( on n'avait pas dit qu'il fallait arrêté les parenthèses ?)
Règle du jeu numéro deux, mettre l'image ci dessus, ça c'est fait.
règle numéro trois: Révéler 7 choses que vous ne savez pas de moi.
Alors là ... Je ne sais même pas ce que vous savez de moi, alors comment savoir ce que vous ne savez pas ? Bon ok, d'accord je me lance
1) Je me ronge les ongles
2) Je mens très mal et je suis incapable de dissimuler vraiment ce que je pense (un comble pour une comédienne, mais je vous dirais que être comédien c'est toujours être sincère), à tel point que j'ai renoncé et que je suis devenue par la force des choses une personne très franche.
3) Je suis une adepte de la parenthèse et des trois petits points (a non ça, ça compte pas, vous devez déjà le savoir si vous me lisez)
3bis) Je n'aime pas être prise en défaut, ce qui me coûte une énergie folle pour faire le plus mieux possible même quand ça mérite pas et j'ai beau savoir que c'est mission impossible, que nulle n'est parfait et que je suis en plus assez loin du compte, je m'obstine à essayer, ça me fatigue !
4) Je rêve parfois d'être comme disait Jacque Brel "beau, beau et con à la fois" surtout quand je suis fatiguée d'être moi, avec mes angoisses et mes questions.
5) J'aime avoir des copines, je m'entends bien avec les femmes. Je ne suis pas de celle qui disent " je m'entends mieux avec les hommes, les filles c'est ..." Moi j'aime bien nos échanges, nos partages, notre façon de refaire le monde, nos complicités, notre façon de se comprendre, de se faire écho.
6) J'aime bien avoir des copains, j'en ai peu mais ils me sont précieux.
7) Et enfin j'adore quand je sens mon cerveau fonctionner à plein en régime, en ébullition, quand les idées se forment comme la p'tite ampoule qui s'allume dans les BD.
Pour finir règle numéro quatre : désigner 7 autres personnes.
Bon alors là je colle Andrem d'office, je suis certaine que ça va l'embêter, je crois qu'il n'aime pas parler de lui, mais comme il m'aime bien, il va faire ça pour me faire plaisir, hein Andrem ? Tu veux bien ? (rire)
Ensuite Akynou, ça fait longtemps qu'elle n'a pas écrit sur son blog ça lui fera un nouveau billet 
Fille silencieuse, pour que vous la découvriez
Pour les 4 autres, aux lecteurs blogger qui passent ici sans laisser de trace, ce sera l'occasion de découvrir leur univers.
vendredi 27 mai 2011
Par Luce le vendredi 27 mai 2011, 10:36
Je ne savais pas à quel point je serais différente.
si je regarde en arrière, ma vie d'avant me semble une autre vie.
Celle que j'étais est comme une petite sœur,
Elle a juste un air de famille, mais elle n'est pas moi.
C'est étrange et c'est la deuxième fois que j'éprouve cela.
La première fois c'est quand je suis passé de l'enfant à l'adolescente,
ça c'est fait d'un seul coup.
Je n'ai pas eu le sentiment d'une progression lente.
Quelque chose qui murit en dedans mais ne s'exprime pas.
Quelque chose qui explose, qui éclate au grand jour, soudain.
La deuxième fois, peut être est ce quand je suis devenue une adulte.
J'ai mis du temps, tout de même, j'ai attendu d'avoir passé les 35 ans.
Et chaque fois, il y a eu cette pensée, cette phrase " plus jamais je ne me laisserais traiter de cette façon".
C'est l'accumulation d'une souffrance infligée, consentie, qui d'un coup ne peut plus l'être, qui m'a fait sortir de moi même,
Qui m' a fait devenir différente,
Qui m'a fait grandir.
Je me construit sur la souffrance en quelque sorte,
J'apprends par elle en tout cas.
C'est étrange aussi comme ce passé qui me semble si lointain maintenant, si étranger, à laissé malgré tout son empreinte,
Comme une vieille habitude qui ressurgirait parfois,
Comme un ex-fumeur aurait envie d'une cigarette dix ans après avoir arrêté.
Parfois j'éprouve cela, des émotions, des angoisses qui appartiennent au passé.
Elles surgissent avec violence et disparaissent très vite,
Une sorte de fulgurance, un flash-back.
Aujourd'hui je suis la plupart du temps plus sereine, comme apaisée.
Aujourd'hui j'ai trouvé un compagnon qui me fait du bien, qui prend soin de moi.
Aujourd'hui j'ai une merveilleuse petite fille, si merveilleuse.
Aujourd'hui j'ai passé un nouveau cap, côté travail cette fois-ci.
J'ai décidé d'arrêter de douter de mes capacités, de me laisser malmener
J'ai décidé d'arrêter de me positionner comme une petite fille pour rager ensuite d'être prise pour une idiote.
J'ai décidé de dire non, de dire stop, encore une fois.
Je sens que ma vie va s'en trouver changée.
Qu'encore une fois, je ne vais pas tout à fait me reconnaître dans celle que je suis encore un peu.
En tout cas je l'espère, je l'espère de toutes mes forces.
Aujourd'hui je grandit encore un peu...
J'ai décidé ...
jeudi 5 mai 2011
Par Luce le jeudi 5 mai 2011, 10:14
Quand la merveille joue avec ses petits personnages, elle s'invente des dialogues. Ce matin ça donnait ça:
- Oh, la maitresse elle est morte
- il faut appeler le docteur
- mais non pas le docteur, il lui faut un prince; Pour qui lui fasse un bisou sur la bouche, comme ça, elle sera plus morte
- voyons, qu'est ce que je pourrais trouver comme prince...
- ah oui, je sais, jeune homme
(c'est un de ses personnages qu'elle appelle toujours comme ça)
- ah ouais tu vas voir ...
(elle leur fais faire le bisou)
et hop, et voilà, elle plus morte !
vendredi 21 janvier 2011
Par Luce le vendredi 21 janvier 2011, 11:04
Sur les rives du bord du gouffre, se promènent en sentinelles, nos points d'interrogations.
Point d'interrogation, donc certitude. Mais non, vous ne me comprenez pas. Points d'interrogations, ces petites formes étranges qui forment un œil et un nez, le début d'esquisse d'un visage. Ce qui ponctuent nos doutes, nos angoisses, nos incertitudes, nos questions et nos remises en question. Non, pas de questions en soldes, remise sur l'ouvrage encore et encore plutôt.
Ces points d'interrogations qui sont le contraire du point final. Ce dernier n'attend plus rien tandis que l'autre passe sa vie à espérer, à attendre. Petite ponctuation fragile, qui a besoin d'être rassurée. Pas de virgule pour compagnie, mais ils sont rarement seuls, ils se promènent en bande. Oui, c'est ça une bande de voyou, ces points d'interrogations, toujours prêt à faire la révolution, ils crient " On veut des réponses, on veut des réponses !" Mais ils crient dans le vide car en guise de réponse souvent les rejoignent un petit nouveau qui vient grossir la bande.
Ils se promènent donc, en sentinelle, aux aguets, tendance paranoïaque. Ils nous pourrissent la vie et nous la sauvent aussi. Ils nous freinent et nous poussent. Et plus on avance et plus ils sont nombreux. Parfois viennent se coller à eux des points d'exclamations, mais ce n'est pas légal. Le point d'interrogation prend déjà tellement de place.
On ne peut pas s'en débarrasser, on aimerait mais vaut mieux pas, en fait. Ils sont pénibles à vivre souvent, par marrant, peu d'humour, très premier degré, mais Ils sont utiles. Ils sont nécessaires. Pas la peine de les ignorer, de toutes façons ils s'imposent. On peut toujours leur donner à manger de temps en temps bien que ce soit plus facile de nourrir ceux des autres que les siens.
Points d'interrogations, petit animal de compagnie encombrant, amis du cafards bien souvent. Ils sont nos maitres plutôt que le contraire, la seule chose à faire c'est d'apprendre à vivre avec. On en hérite souvent et ils nous survivent. Ils ne peuvent disparaitre qu'avec la disparition de l'humanité et encore peut être bien que ce qu'il reste quand tout est détruit c'est un immense point d'interrogation ?
lundi 8 novembre 2010
Par Luce le lundi 8 novembre 2010, 15:18
Une petite fille joue de sa mémoire comme d'un instrument, symphonie de souvenirs, opéra baroque d'images. Elle joue en prévision des jours avenirs que d'autres ont déjà commencé d'oublier. Elle ne veut rien oublier, comme elle ne veut rien rater, comme elle veut tout vivre, comme elle veut se souvenir de tout. Elle accumule les détails inutiles, empreintes et preuves de son instrument bien accordé.
Elle regarde les rayons de son vélo sous elle, elle sait qu'elle passe à côté de la piscine et des tennis, un couple bourgeois s'affronte, c'est la période de Roland Garros. Elle a, à sa gauche, un petit sentier qui conduit vers la forêt, elle descend la route qui porte le nom d'un compositeur Français. Un peu plus bas, quelques secondes plus tard, sur le parking, un couple monte en voiture. Elle continue sa descente.
Elle se promène dans les bois, le soleil perce entre les feuilles des arbres, un oiseau chante, piaf quelconque, au loin elle entend le coucou. Il fait frais. Elle pense au poème qu'elle a étudié au collège hier, "Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d'été si doux : Au détour d'un sentier une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux...". Elle s'imagine découvrir une charogne, ici dans ce bois, celui où elle se promène si souvent, puisqu'il passe derrière sa maison.
Elle est assise sur un banc face à la mer, un cahier sur les genoux. Elle est seule, elle se sent seule et elle l'est. Elle n'a pas le moral. Elle regarde la mer, l'horizon, le soleil tombe dans l'eau. Elle regarde une mouette lutter contre le vent. Sur la plage, en bas, un enfant joue avec un cerf volant. Ça lui donne l'idée d'une histoire. Elle se met écrire. Elle se sent mieux.
Chaque fois, elle se demande: "combien de temps me souviendrais-je de ces secondes ?" Combien de temps sa mémoire jouera sa musique de détails ?
Elle a grandi et se souvient toujours de tout. Elle continue de jouer d'ailleurs, elle en a accumulé des images, des souvenirs où sont venus se greffer les émotions. Et tandis qu'elle s'acharne depuis toute petite, à fixer, tandis qu'elle use des mots comme le vecteur essentiel de sa mémoire, sa mère oublie le langage, les mots ... Savait elle, cette petite fille, qu'une mémoire allait se perdre ?
Elle fait le constat de la perte, sans panique, pragmatique, mais avec peine. Confrontée à l'étrange impuissance à se souvenir de sa mère, à l'oubli, quelque chose en elle en reste bouche bée, ouverte sur les mots de sa mère qui ne sortent plus.
Oubli, c'est un mot qui sonne doux, oublie, qui laisse croire qu'on a le choix d'oublier ou pas. Mais sentir la perte, avoir le langage sur le bout de la langue, plus d'outils pour dire. Mais regarder sa liste de courses et ne plus savoir comment s'appelle ces légumes verts, longs, qu'elle aime tant cuisiner - "les courgettes maman", -"ah oui, c'est ça" et s'empresser de noter avant d'oublier à nouveau. Mais oublier des choses évidentes qu'on a l'impression d'avoir toujours su. Mais oublier ses détails de l'existence dont on a pas à se souvenir parce qu'ils sont tellement ancrés. Mais quand l'oubli c'est ce qui échappe, ce qui fuit, quand c'est l'ancre qui se brise et que le navire part à la dérive, jusqu'où ira t-il ? Elle se pose la question, sa mère et elle a peur.
La petite fille qui a grandi répète, inlassable, les même mots que sa mère oublie. Elle se dédouble, comme une actrice, elle joue son rôle de fille calme, elle joue son rôle de rassurante. De l'autre côté du miroir, elle est surtout stupéfaite. L'oubli, à ce point, existe... Elle n'en revient tout simplement pas. L'oubli des mots et l'oubli de ce qu'ils signifient aussi. Certains ne font plus sens, comme celui là: "superposé" pourquoi celui là ? Qu'à t-il en lui pour que le cerveau en efface le sens ? Et puis parfois les gens aussi. Ça passe presque inaperçue cette perte là, -"qui ça ? je l'ai connue lui ?" -"Maman, j'ai vécu huit ans avec lui, nous avons rompu il y a cinq ans, oui tu l'as connu, il était grand, brun, souriant" -"ah oui ça me revient ..." Est ce que ça revient vraiment ? Et puis ces discussions qui se doublent, qui se triplent, qui se quadruplent, avec mauvaise humeur la fille pense "elle radote la vieille..." Elle fini par s'apercevoir que ce n'est pas que sa mère n'a rien à dire qui fait qu'elle répète toujours la même chose, c'est qu'elle ne se souvient pas de l'avoir dit, comme elle ne se souvient pas des réponses. -"c'est quoi ça ?" " -"c'est un carnet pour compter les points quand tu joues aux cartes, je te l'ai dit hier maman" -"ah bon ... Je ne me souviens pas..."
La petite fille qui a grandi se souvient elle, de tout, ou bien elle a oublié ce dont elle ne se souvient pas, ce qui revient au même que de se souvenir de tout. Elle se souvient et se souviendra de ses dialogues surréalistes, avec sa mère. Elle se souviendra de l'amour qui s'échange dans les silences nombreux qui s'installent quand on cherche à se souvenir. Elle se dit que sa mère a mené sa vie vers l'oubli, qu'elle a tellement voulu oublier qu'elle a fini par y arriver, juste son corps a joué sur les mots, au lieu de lui faire oublier ses maux, il lui a pris ses mots...
La petite fille qui a grandi, vieillira à son tour, qu'y perdra t-elle ? Probablement pas la mémoire... Quelle est donc cette prière muette qui mène son existence et que la vieillesse lui donnera enfin, même déformée, même trahie par le son des mots silencieux. Elle ne sait pas, elle ne peut pas savoir, c'est le principe de la prière silencieuse, elle crie pour les autres mais se tait à soi même...
En attendant la petite fille qui a grandi continue d'accumuler les souvenirs, les images, les détails, continue de jouer de son instrument de mémoire, qu'elle transmet, passerelle, passante, avant de disparaitre, pour ne jamais tout à fait retourner au néant.
lundi 18 octobre 2010
Par Luce le lundi 18 octobre 2010, 06:28
Si au moins j'avais l'insomnie productive, si au moins ces heures passées seule éveillée au milieu du sommeil des autres m'offrait le plaisir de l'idée, du trait de génie, la beauté de la fulgurance; Mais non, c'est l'insomnie stérile du ressassement. Ressasser quoi au juste ? Je baille comme je crierai à la face du monde mon désir de dormir. Mais je suis bien réveillée. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Comme si mon corps se trompait. Il fait nuit, lui dis-je, c'est l'heure de dormir. Qu'est ce qui court le long de mes nerfs, pour me maintenir dans cet état de veille? Avouerai-je un plaisir indicible dans cette solitude comme une fugue à l'intérieure de ma vie ? Il y a quelque chose de beau dans ce silence, dans ce désert. Étrange, un sentiment de liberté dans le fait de m'être relevée, d'avoir renoncé à essayer de reprendre le train du sommeil en marche. Seule et libre dans l'obscurité, le monde dort et moi je veille, sur qui ? sur quoi ?
Gestation d'un avenir qui ne peut voir le jour ? Et qu'est ce donc qui l'en empêche ? Quel est ce désir qui craint tant la lumière qu'il n'atteint même pas les bords de ma conscience ?
j'ai travaillé dur à l'élaboration de mon cocon, mais je ne suis pas une femme d'intérieure. Je tempère, je compromise avec moi même, je me mets à l'abri mais le cocon rassurant est toujours un peu une prison dont je m'évade dans mes nuits sans sommeil. Je suis dans l'illicite. J'ai des envies de fugue, des envies de partir sur un coup de tête passer la journée au bord de la mer, signe que quelque chose m'enferme, mais je ne sais pas quoi. Un sentiment diffus d'être retenue, freiner, un piège en moi.
Bon sang, larguer les amarres ! je veux dire, laisser le bateau voguer, laisser le vent m'emporter! Je suis comme un marin retenu au port.
il me faut trouver la clé des champs, celle qui ouvrira mon horizon. Il y a bien un peu de colère là, à évoquer cet enfermement. Je suis les barreaux de ma prison, je sais que la clé est là quelque part dans la cage de mon être et je tourne en rond comme un fauve au zoo sans pouvoir la trouver.
Mes rêves se sont brisés, un jour, et depuis, j'erre entre deux mondes, incapable de croire à nouveau que tout est possible, mais incapable également de renoncer. Je n'ai pas muri dans cette expérience, je me suis perdue. Ma nostalgie n'est pas tant lié au lieu qu'à ce que j'ai été capable d'accomplir alors.
Il est étrange de penser aussi, que la merveille est arrivée dans ma vie, après cette blessure. Qu'elle est arrivée là, comme le miracle auquel on ne croit plus, étrange de penser que cela aurait pu me redonner la foi dans "tout est possible". Mais non, ce miracle là est indépendant, autonome du reste de ma vie.
Demain, quand il fera jour, dans une heure à peine, à peine plus d'une heure avant qu'elle ne se réveille, me laisserai je happer encore par le flux de la vie ? Oublierai je l'accumulation des questions de cette nuit ? Réparer la fissure, trouver la clé et sortir de la maison, prendre le vent dans les voiles de l'avenir, et voguer, voguer sur les eaux passionnées de l'existence.
jeudi 14 octobre 2010
Par Luce le jeudi 14 octobre 2010, 22:58
Parfois on aimerait dire son écœurement, mais il est si grand que les mots ont fuis.
Parfois on sent une grosse fatigue face à la bêtise, l'étroitesse, et la mauvaise foi
Parfois on éprouve une colère incommensurable devant l'injustice, le déni, l'humanité bafouée
Parfois on a envie de pleurer devant son impuissance face à la douleur d'autrui
Parfois on a envie de crier, appeler au secours, ou alerter du danger
Parfois on a envie de dire non, parce que oui est impossible
Parfois on se tait parce que sinon on à l'impression qu'on va exploser
Parfois on ferme les yeux devant l'insoutenable
Parfois on n'en croit pas ses yeux tant ça dépasse notre entendement
Parfois on se replie pour échapper à la folie
Parfois on se révolte parce que trop c'est trop
Parfois on manifeste pour rappeler qu'on existe
Parfois on manifeste pour rappeler que d'autres existent
Parfois on manifeste par ce qu'on résiste
Parfois on vit tout cela à la fois, comme en ce moment, confronté que nous sommes au pouvoir de l'absurde, de la haine, et du mépris...
Manifestons samedi...