Carnet de brouillons

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samedi 11 février 2012

Quand la mort s'invite dans la conversation ...

Hier, nous nous sommes rendu à la consultation de bilan. Nous savions déjà que le troisième protocole de chimio n'avait pas porté les fruits escomptés et mon il a dès lundi attaqué le quatrième protocole. Cet entretien avec son oncologue c'était pour faire le point suite aux résultats de l'IRM de cerveau passé la veille. Nous avons donc appris que suite au traitement de radiothérapie sur le cerveau, les métastases du cerveau n'avaient ni régressé, ni progressé. La tumeur au poumon est stable également. Mais hélas, il y a de nouvelles métastases dans les glandes surrénales ce qui implique que le cancer n'est toujours pas sous contrôle.

Bon et après... Après le médecin a employé plusieurs fois le mot de "gravité" pour parler de la maladie. Et mon il a fini par parlé de la mort. "Combien de temps me reste t-il ? Comment cela risque t-il de se passer ?" Il n'y a pas de réponse à la première question. Il n'y a que des statistiques qui sont fort mauvaises. Mon il a parlé de l'échéance du mois de Juin où nous avons prévu de déménager, sera t-il toujours là ? Sera t-il en état ? Le médecin a répondu : " je ne peux pas vous le promettre, je n'en sais rien". Ainsi la mort s'est invité dans notre entretien, c'est la première fois qu'on en parle avec un médecin, tous les deux ensembles.

Le scénario catastrophe : Les métastases du cerveau recommencent à proliférer et ils ne trouvent pas la bonne molécule de chimio.
Le scénario optimiste : Les métastases du cerveau restent stables assez longtemps, il trouvent la molécule de chimio qui permet de garder le cancer sous contrôle.

Évidemment, plus le temps passe, plus les statistiques sont mauvaises pour lui. Et en même temps, lui et moi, avons décidé qu'il n'était pas une statistique.

Nous somme sortis de cet entretien, assommé l'un et l'autre.

J'ai quelques images qui me restent. Mon Il qui verse une larme que je m'empresse d'essuyer (je ne parle pas des miennes, je les éprouve mais ne les voient pas). Le médecin qui nous dit :" Je vous trouve très fort, tous les deux. Je ne le dis pas souvent, mais vous, je vous trouve très fort" et je crois bien qu'il avait les yeux rouges. Médecin humain... Nous avons souri en réponse. Mon Il a dit " je ne sais pas, je suis comme je suis" j'ai dit " il est très fort, c'est vrai". Le médecin a insisté "vous l'êtes pas mal aussi", j'ai dit "je me débrouille".

Nous nous sommes demandé ce que nous pourrions en dire, ses enfants, ses frères et sœurs. Finalement qu'est ce qui a changé ? L'épée de Damoclès au dessus de notre tête s'aiguise, mais elle n'est pas encore tombée. Mon Il va bien, il supporte plutôt bien le nouveau protocole de chimio et au quotidien c'est un répit.

De mon côté j'ai des douleurs abdominales que mon généraliste surveille de près. Je dois passer un scanner la semaine prochaine. Mais moi je sais ce que c'est, c'est la peur au ventre...

vendredi 23 décembre 2011

Arrêter d'avoir peur

Hier il s'est passé plein de choses.

Je me suis réveillée fatiguée, et avec ce fond de colère que je trimballe depuis quelques temps. Mon Il et ma belle fille dormait encore. Seule ma merveille était déjà debout et en grande forme. Je lui ai préparé son petit déjeuné puis nous sommes sortie faire les courses pour la semaine et donc pour le réveillon. Nous sommes rentrée et là j'ai eu la sensation que ça m'avait pris toute mon énergie. Mais la maison ressemblait à une porcherie, j'avais une tonne de linge en retard et tout le monde dormait. Et là ma colère et ma fatigue ont eu raison de moi. Je me suis mise à pleurer à gros bouillon, à gros sanglots, je n'arrivais plus à m'arrêter. ça a réveillé mon il d'abord "qu'est ce qui se passe ?" il me demande, "il se passe que j'en ai marre, mais marre, marre, marre, qu'on vit dans une porcherie, que je suis toute seule à tout gérer et que je n'en peux plus" Silence gêné au bout de la ligne... Je sais qu'il culpabilise déjà de ne pas m'aider d'avantage, mais bon fallait que ça sorte. Je pars dans le salon et je me remet à sangloter, incontrôlable, ça réveille ma belle fille qui me tend la boîte de mouchoir, ça me tire un sourire.

Et là je décide de me barrer, je vais aller chez le coiffeur, je vais me faire couper les cheveux, et quand je rentre, la merveille aura déjeuné et l'aspirateur aura été passé, voilà j'exprime ça avec colère, genre faut pas me contrarier. J'enfile mon manteau, j'ouvre la porte. Les courses que j'ai fait livrer arrive, je dis à mon Il " tu réceptionnes ?" Et là ... il me fait signe qu'il ne se sent pas bien, limite nauséeux. Je suis dans une rage folle. Je crie " Et merde p'tain fais chier !!!!!" La merveille se demande se qui se passe "va jouer dans ta chambre, je suis très en colère, c'est pas contre toi, et t'y peux rien, mais va jouer dans ta chambre je ne veux pas que ça te tombe dessus" Elle a filé sans discuter. Il cherche son médoc anti nausée, je le trouve. Le temps passe, pas de vomissement, il arrive même à prendre son café et le reste de son traitement. Il me dit "vas y maintenant", "non, si ça se déclenche comme vendredi dernier, je peux pas laisser ta fille et la notre gérer ça". Je prépare le déjeuné de midi, j'annonce qu'après c'est ménage. A la fin du repas, ma belle fille débarrasse la table et se remet au lit avec l'ordinateur portable. là, self contrôle. "Non, tu ne te remets pas au lit, tu fais ton lit et tu participes". je lui laisse le choix entre trois activités ménagère possible. Elle obtempère et ouf, elle n'a pas soupiré.

Discussion avec mon Il. "Tu vas comment à la séance de radio thérapie d'aujourd'hui?" "En transport en commun" P'tain, là j'ai envie de lui mettre des beignes, je suis très, très en colère. Je dis "non", Il tente d'esquiver la conversation, mais je lui dit " assied toi, là faut qu'on se parle un peu". Et j'explique "Si tu veux m'aider concrètement, si tu veux m'apporter un peu de soulagement, tu dois accepter de prendre soin de toi. Le taxi tu y as droit, si tu prends les transport en commun, tu pompes mon énergie par l'inquiétude que tu génères, donc je préfère t'emmener moi même, mais là tu pompes mon énergie parce que je suis obligée de prendre ça en charge". Comme toujours, quand je lui parle de moi, de mes besoins, l'argument fait mouche. Je dis aussi "je comprends que tu n'aimes pas te sentir diminué, dépendant, que tu veuilles te prouver que ça tu peux encore, mais va falloir qu'on trouve le bon compromis, et qu'on en parle, entre mon inquiétude et ta témérité". Conclusion, aujourd'hui il n'a pas de bon de transport pour ce faire rembourser le taxi (parce qu'il n'a pas demandé, sinon, il l'aurait eu) donc je l'accompagne mais en arrivant il demande les bons pour toutes les séances suivantes. ça c'est fait.

En début d'après midi sa sœur arrive, je me sens éteinte, épuisée. Dans la conversation je raconte que je n'ai pas pu aller chez la coiffeur aujourd'hui, on raconte en plaisantant comment mon Il a somatisé pour m'empêcher de me faire couper les cheveux. Et là elle a eu le bon réflexe, elle a dit: " mais vas y maintenant, je suis là, je t'attends, en plus j'ai trop envie de voir ta nouvelle tête et de voir la tête de mon frère quand il va voir ta nouvelle tête". Je ne me le fais pas dire deux fois. Je suis arrivée à 15h30 chez le coiffeur, j'en suis sortie à 17h30. ça y ai j'ai les cheveux court et ça me plait ( ce n'est pas du tout l'horreur que beaucoup m'avait promis)

Je rentre, mon il me sourit, c'est gentil de sa part, ça me fait du bien de le voir sourire. On part direct pour l'hôpital pour sa séance de radio thérapie. Dans la salle d'attente on entend tout ce qui se dit dans la cabine. C'est comme ça que j’apprends que la dernière séance de radio thérapie n'est pas aujourd'hui vendredi, mais mercredi prochain. J'entends mon Il dire "vous étonnez pas si vous voyez une marre de sang dans la salle d'attente" il anticipe ma réaction, ça me fait sourire. Je l'entend négocier l'heure de sa dernière séance. Notre départ en vacances était prévu pour mardi, le voilà repoussé d'un jour. Bon pas si grave. Mais, je me demande, est ce qu'on peut partir tout de suite après, est ce qu'on ne doit pas resté au cas ou il y aurait des effets secondaires qui se déclencheraient. Je suis en colère encore une fois et en même temps je commence à lâcher prise. "Bon ben j'appellerai ton médecin demain, pour savoir ce qu'il en pense, est ce qu'il donne le feu vert pour un départ mercredi ou pas, enfin, si t'a pas d'effet secondaire d'ici là parce que sinon, de toute façon..."

Le soir après le repas, on se fait un film comédie romantique avec ma belle fille. Je me laisse prendre par le film. Au générique de fin je pousse un gros soupir, elle me demande pourquoi, j'explique "bon retour dans le monde réel" Je me lève, je vais dans la cuisine, je prend un quart d’anxiolytique et je me dis "bon maintenant faut que j'arrête d'avoir peur, c'est la peur la clé de tout. Mon il a un cancer, et ça veut dire oui, que nous dépendons de sa maladie et des médecins, que nous ne pouvons rien prévoir parce que c'est ça la priorité, que les médecins ont beau nous dire " oui, oui, on fera en sorte de vous laisser tranquille pendant cette semaine là" ben, ils peuvent pas toujours, et en plus question communication et transmission d'information, ils sont plutôt nuls, parce qu'entre ce que l'oncologue nous dit et ce que fait le radio thérapeute, il y a un monde, le radio thérapeute, il s'en fout qu'on ait des vacances prévus. Alors voilà, on en est là et on y peux rien." Je respire un bon coup et je me dis aussi " c'est peut être le bon moment pour que lui et moi qu'on accepte sa maladie, que lui, accepte de prendre soin de lui et que moi j'arrête de vouloir tout contrôler pour étouffer ma peur". J'ai décidé d'arrêter d'avoir peur.

edit photo coupe courte:

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mardi 20 décembre 2011

Tenir, tenir, tenir, debout et demain

Au bord, tout au bord de l'épuisement je me tenais en déséquilibre... ça y est, je suis tombée. Épuisée. J'en suis à "tout me parait une montagne", faire le ménage, faire à manger, agir, je n'ai plus la force. Je suis tellement, tellement fatiguée. Je voudrais me recroqueviller, tellement que j'en disparaitrais aux yeux du monde, qu'on m'oublierait, que je m'oublierais moi même. Mon corps pèse une tonne, le poids de ma vigilance. Et je ne peux pas lâcher, j'ai une fille et un amoureux atteint du cancer, et quand parfois je lâche c'est tellement douloureux, ces sanglots sont si durs, j'ai l'impression que je ne respirerai plus jamais, alors je tiens, c'est fatiguant mais ça fait moins mal...

Je n'ai pas de solution, j'ai l'impression que les îlots de repos me sont refusés par les circonstances. C'est quand je dis "là stop, je prend du temps pour moi" qu'il arrive quelque chose et que je suis obligée de remettre à plus tard ce temps là, rien qu'à moi, dédié à ma fatigue, à mon repos. Je ne suis même plus sure de savoir faire. Et ça fait mal, ça aussi, ces remises aux lendemains. Je ne fais plus de projets, j'ai trop peur de la douleur du refus. Vivre au présent est une condamnation. Le passé est tellement mort et l'avenir tellement incertain. Vivre au présent, comme une bête.

Mon Il me manque, mon île, il était ma paix et mon repos, ma sécurité, mon Il de beauté. Il voudrait l'être encore, je voudrais qu'il le soit encore. Mais j'ai peur pour lui, j'ai peur pour notre fille, j'ai peur pour moi maintenant aussi. Peur que les forces finissent par manquer...

Pardon mon amour qui lira ces lignes, pardon pour la peine qu'elles vont te faire. On est comme ça toi et moi, on souffre l'un pour l'autre plus que pour soi même. Pardon, j'aimerai, je te jure que j'aimerai avoir plus de force, et ne pas t'infliger ma détresse. Mais elle est tellement là, ma détresse, je suis juste tellement fatiguée... Je ne sais pas comment me reposer ...

vendredi 16 décembre 2011

Tout les cris, les SOS

J'éloigne de moi les bras qui pourraient se tendres. Je donne l'impression de n'avoir besoin de rien, de personne. Sauf ici, par écrit, les s.o.s parviennent à sortir de moi. Sauf parfois, quand l'épuisement ou l'émotion trop puissante finit par me submerger. Mais bien souvent, j’apparais forte, je donne cette image là. Elle m'apporte de l'admiration de la part d'autrui. Je m'appuie sur ces regards là pour l'être, forte. C'est valorisant de générer de l'admiration. Mais ... Parce que bien sur, il y a un mais. Comme tout système de défense il a un coût. Parfois, tout la haut sur mon piédestal de forte, je me sens très seule.

La psy que je vois une fois par semaine, à l'hôpital ou mon Il est soigné, m'a dit " vous vous cachez, vous avez besoin que l'on vous cherche, pas forcément que l'on vous trouve d'ailleurs, mais au moins que l'on vous cherche". J'ai éclaté en sanglots, j'ai dit " ce qui me vient là, à l'esprit, c'est que je ne peux pas m'autoriser à appeler au secours, parce que c'est pire si jamais il n'y a pas de réponse." Oh comme la petite fille en moi s'est exprimée à ce moment là. J'ai grandi en étant celle dont on n'avait pas besoin de s'inquiéter, le syndrome de l'épargnée. Comme c'était pratique pour ma mère de ne pas avoir de souci à se faire pour moi, comme chacune de mes blessures de petites filles, non identifiées, niées, m'ont appris à me débrouiller seule, à ne compter que sur moi.

Aujourd'hui, j'ai pourtant tellement travaillé le sujet déjà, aujourd'hui, je retrouve mes vieux réflexes. Mais j'ai beau frimer sur mon piédestal, il se trouve quelques personnes, qui sans bien le savoir, traversent ma carapace. J'ai beau avoir dit que je ne voulais pas en parler encore et encore, ni avoir à raconter et encore raconter, j'ai beau avoir prétendu que j'avais besoin qu'on me parle d'autres choses, qu'on fasse diversion, l'avoir sincèrement prétendu, oui, parce que j'y crois moi même à ma force, sinon ça ne prendrai pas. Certaines personnes n'écoutent que leur cœur ou leur instinct, ou leur désir de n'être pas réduit à l'impuissance, ou ... Peu importe pourquoi, mais certaines personnes font fi de ce que je dis, traversent ma carapace et viennent me chercher, me posent des questions, me téléphonent, m'envoient des mails etc... Je les en remercie tellement. C'est par elles que ma solitude est rompue, que prise par surprise je me laisse aller à être la petite fille qui a peur, le petit bout de chou comme dit mon il. Et encore, si je suis complètement honnête vis à vis de moi même, je répond aux questions avec distance, l'émotion bien cachée, je ne me laisse pas trouver comme ça, mais ça me fait du bien quand même d'être cherchée.

Certaines personnes m'ont dit qu'elles se faisaient du soucis pour moi. ça c'est un concept nouveau. Je le comprend intellectuellement, étant donné la situation ça parait logique, mais en même temps j'ai l'impression d'être comme une poule devant un couteau. On se fait du souci pour moi. Ah bon. J’aurai presque le réflexe de répondre " pourquoi ? je vais bien" et puis après je me souviens, "ah oui, évidemment". Il faut dire que là, pour le coup, ma blessure est très identifiée, très identifiable... Pour les autres... Moi, je ne sais pas trop, je dirai que le pire c'est la peur... J'ai très, très peur, très beaucoup énormément. Et ça, c'est vraiment épuisant. Je pleure en écrivant ces mots. Et je me demande, est ce qu'on peut quelque chose pour moi ? Est ce qu'on peut me rassurer ?

L'écriture a toujours été l'outil de l'expression de mon émotion. Avant je tenais un journal intime, je me lançais à moi même des SOS, je laissais des petits cailloux secrets, espérant secrètement, tellement secrètement que même moi je ne le savais pas, qu'on trouverait mon journal, qu'on le lirait et qu'alors tout serait dit, on saurait, et on me consolerait. Aujourd'hui j'écris publiquement parce que c'est la seule façon que j'ai de dire ce que j'éprouve vraiment, c'est la seule façon de reconnecter les mots avec les émotions. C'est la seule façon que j'ai d'appeler au secours, c'est la seule façon que j'ai de pleurer, c'est la seule façon que j'ai de laisser sortir mon cri, c'est la seule façon de n'être pas toute seule, pétrifiée au fond de moi même. Et j'espère, oh oui, j'espère, que les larmes et les sanglots qui sortent de moi pendant que j'écris ces mots, vont se lire, s'éprouver et que je ne vais pas restée toute seule sur mon piédestal de forte.

vendredi 2 décembre 2011

Avec le temps va tout s'en va

Le sentiment d'injustice que certains éprouvent à notre égard, je le comprend, je le trouve touchant, mais moi même je ne l'éprouve pas. Il y a eu un temps ou j'étais très en colère, ou je trouvais la vie très injuste et la mienne en particulier. Un temps ou chaque chose négative qui arrivait avait un pouvoir de nuisance augmenté du fait de ce sentiment. Je me disais " pourquoi moi ? Pourquoi encore ? Pourquoi maintenant ?" etc ... Et puis, je ne sais plus exactement comment mais il me semble qu'un jour j'ai accepté le fait "la vie n'est ni juste, ni injuste, la vie est". Et je me suis sortie de cette vision qui voudrait que la vie ait un sens, une logique, et une justice. Et au lieu d'y trouver l'abîme que je croyais " si la vie n'a aucun sens à quoi bon ?" j'y ai trouvé une force " la vie est et elle se suffit à elle même, son seul but est d'être". La vie est une formidable pulsion, de même que la mort. A l'intérieur de ça qu'est ce qui compte ?

Ce que j'en fais, ce que je peux en faire. La vie me traverse. Alors là en ce moment, "putain c'est dur", je me sens plus transpercée que traversée, mais il n'y a pas si longtemps elle a été merveilleuse, et je n'ai pas de doute quand au fait qu'elle le sera encore. ça m'aide ça, cette idée que tout est une traversée. ça me fait penser à une chanson "Avec le temps va tout s'en va"... Enfin juste le titre, parce que la chanson en elle même, elle donne plutôt envie de se pendre.

La colère est un outil de défense qui en vaut bien un autre. L'important d'un outil de défense c'est qu'il fonctionne bien sans trop faire de dégât parasite, un peu comme la chimio.

J'entends souvent, il faut se battre, le moral c'est essentiel dans cette bataille etc... Des choses qu'on entend, au cinéma et ailleurs. Notre vérité, c'est qu'on ne se bat pas, on vit. Mon Il vit, avec un cancer. Je vie avec mon Il qui vit avec un cancer. Notre vie en est totalement bouleversée, mais nous vivons encore. Notre vie est faite de sa fatigue, de sa douleur, de mes peurs, de mes angoisses, elle est dur, elle est violente. Elle est faite aussi de notre amour qui tient le coup, de l'émerveillement que nous procure notre merveille. Parfois je sombre, je me sens seule, abandonnée, voir désespérée, parfois je me sens bien, plutôt sereine. Les émotions continuent de se succéder.

Je ne suis pas particulièrement courageuse, ni particulièrement sage, j'ai juste trouvé des outils à ma mesure pour me défendre, pour me protéger.

Maintenant je vais vous dire ce qui me manque plus que tout en ce moment, c'est une maman. Une maman comme je n'en ai jamais eu. L'image que j'ai de ce que pourrai faire une maman pour moi en ce moment. Se rendre disponible, me dire des trucs du genre " repose toi, je vais te faire ta lessive" ou " ça va aller ma chérie, je suis là". Une maman dans les bras desquelles je pourrais me blottir et me sentir en sécurité. Je n'ai pas connu de maman comme ça, j'ai fait sans.

Ben en ce moment, p'tain ça manque grave.

Mais il n'y a pas et personne ne peut être ma maman, (pas même mes sœurs, parce qu'elles sont mes sœurs, qu'elles ont leur vie, leur soucis, leur lot, et je sais parfois qu'elles aimeraient pouvoir l'être, et parfois elles le sont un peu quand même, malgré tout). Et je suis trop vieille pour être adoptée.

Alors je continue à faire sans, parfois, ça va, je m'en sors, parfois, je pleure toute seule devant mon écran à vous écrire tous ces mots. Puis je me dis: "La merveille a une maman", je sèche mes larmes et je vais lui préparer son goûter ...

jeudi 1 décembre 2011

Les mots dérisoires

C'est une chose que je lis beaucoup et que j'entends souvent " face à votre situation les mots sont dérisoires". Derrière ce mot de "dérisoire" j'entends tout le sentiment d'impuissance. Impuissances multiples.
Celle de dire ce qu'on éprouve, tant l'émotion est violente, elle semble ne pas trouver ses mots
Celle de protéger, face au cancer, quel mots peuvent protéger ?
Celle de consoler, peut on consoler celui qui souffre du cancer, et celle qui l'accompagne ?
Etc... Des sommes d'impuissances qui nous mènent au silence

J'entends aussi les peurs.
La peur que les mots prononcés viennent ajouter à la violence déjà endurée, peur d'être maladroit, peut on se permettre d'être maladroit ? Peur d'être égoïste, que sont mes sentiments et mes émotions face aux leurs ?

Voilà, j'entends tout ça derrière "les mots sont dérisoires"

Mais moi j'ai envie de vous dire que les mots sont les mêmes qu'avant. Ils sont des armes pour se défendre, ils sont des caresses pour s'aimer, ils sont des câlins pour se consoler, ils sont un moyen d'être ensemble. Et pour ne pas vous laissez démuni, sans mots, avec vos impuissances et vos peurs, je vais vous dire tout simplement ce qu'il est possible de nous dire.

Vous avez le droit de parlez de vous, de vos émotions et de vos peurs face à ce qui nous arrive. Vous avez le droit de nous dire que depuis que mon Il a un cancer vous avez pensez à arrêter de fumer, ou que vous l'avez fait ou que vous ne voulez pas y pensez. Vous avez le droit de nous dire que vous avez peur pour nous, vous avez le droit de nous dire que vous avez peur pour vous, à cause de ce que ça vous évoque. Oui, vous avez le droit de nous parlez de vous. Parce ce que c'est un dialogue qui se crée et qu'il n'y pas pire violence que le silence, l'immobilité, comme l'enterrement de cette souffrance.

Vous avez le droit de nous dire "ça va aller", même si on n'en est pas sur, parce que nous avons tous besoin d'espoir. Nous avons tous besoin de lumière et de vie. Vous avez le droit de faire des blagues, de parler d'autres choses aussi, d'être dans vos vies et de le partager avec nous. Parce que je sais bien que le monde ne va pas s'arrêter de tourner parce que je souffre, parce que j'ai besoin que le monde continue de tourner, parce que j'ai besoin de faire partie du monde qui continue de tourner.

Et s'il est difficile pour nous de dire ce que vous pourriez faire concrètement pour nous aider, parce que nous vivons les évènements au jour le jour et qu'ils sont difficiles à anticiper, vous pouvez prendre de la liberté et faire ce qui vous vient, ce que vous avez envie. Mon Il a un cancer et je suis infiniment triste mais nous ne sommes pas en porcelaine alors ne craignez pas d'avoir des gros sabots. Nous dirons si tel était le cas. "aie, là tu fais mal" et vous direz "oups pardon" et nous nous aimerons quand même. Par exemple, Vous avez le droit de passez nous voir, pour ceux qui ne sont pas loin, même un peu à l'improviste, parce que même s'il y a fatigue, il y a besoin de chaleur humaine. Et les petits mots écrits que vous nous laissez déjà ici ou sont des baumes dont vous n'imaginez pas la puissance, ils sont très loin d'être dérisoires. Et toutes les pensées magiques et toutes les ondes positives, et tout l'amour et la solidarité sont une source de force qui nous aide à tenir debout.

Mais vous ne pouvez pas me dire ce que j'éprouve, ou ce qu'il éprouve, ni nous dire ce que nous devrions faire, ni nous dire ce qui peut arriver. Parce qu'en effet vous n'en savez rien. C'est la seule impuissance réelle, et elle ne doit pas dévorer le reste.

N'oubliez jamais que les mots d'amour ne sont jamais dérisoires

mardi 29 novembre 2011

Désolée pour les larmes mais ...

Le malheur rend muet ceux qui l'écoute,
Le malheur rend sourd ceux qui le vois
Le malheur rend aveugle, sourd et muet ceux qui ont peur

Les proches s'éloignent parce qu'ils sont trop proches
Des quasi inconnus deviennent des proches parce qu'ils sont suffisamment loin.
Des cris résonnent sans échos, c'est le silence qui y répond et qui les étouffe.
La maladie qui fait peur porte un nom, cancer. CANCER. Un de ces mots tabou, un de ces mots chocs, un mot qui crée, stupeur, stupide peur.

L'homme que j'aime a un cancer. De toute les épreuves que j'ai eu a traverser dans ma vie; celle là est la plus violente, sans aucun doute et pourtant des violences j'en ai subis quelques unes. Violente par la terreur qu'elle m'inspire. Ce n'est pas la mort qui me terrifie, parce qu'au fond, la mort est une inconnue qui nous attend tous, c'est la vie malade. C'est le quotidien qui en découle. Je ne suis pas la seule à avoir peur. Je me refuse à parler pour l'homme que j'aime ici, alors passons.
Mais il y a notre fille qui commence à avoir peur, et peut être aussi ses enfants à lui, ça je ne sais pas trop.
Il y a mes sœurs qui ont peurs, deux d'entre elles me l'ont dit. Peur pour moi surtout, peur pour la petite sœur, parce que c'est impossible à imaginer ce que nous traversons et c'est d'ailleurs pour ça que nous le traversons au milieu de leur silence.

Finalement, dans cette histoire, je suis la seule à parler, à écrire, à crier. Ah, non pas tout à fait, notre fille à pris de moi, elle parle heureusement. Et sa parole est une chance pour elle mais je vous jure que de l'écouter, que de l'entendre me parler de ses peurs à elle, ce tout petit bout de bonne femme qui me parle de la mort et qui demande "est ce que papa va mourir?" ça c'est une des choses les plus durs pour moi, mais passons ...

Je suis donc celle qui parle, qui raconte, qui met des mots. Parfois quand je suis en colère j'ai envie d'écrire pour vous faire mal, je veux dire comme abaisser le voile et dire regarder !!!!! Voilà ce que c'est !!!! Parfois j'ai juste envie d'être écoutée pour sortir tout ça de moi. Parfois j'ai envie de témoigner de ma vérité, histoire de laisser une autre référence que les séries télévisée tel que urgence, ou greys anatomies.

Je ne suis pas pudique de mes émotions, je les crache à la gueule volontiers. Je m'interdis le silence, comme je m'interdis le déni. Ceux qui connaisse mon histoire savent bien pourquoi...

Au début du cancer, j'ai ouvert un autre blog dont seule quelques amies avaient l'adresse. Je voulais protéger mon Il essentiellement, ne pas vomir sur lui mes émotions pensant qu'il avait assez à faire avec les siennes. Et puis ces derniers temps, je me suis dit qu'il devait savoir ce que je vis, parce que c'est encore le meilleur moyen d'être toujours un couple, de lui garder sa place. Cet homme auprès de qui j'ai baissé la garde, cet homme que j'ai laissé me consoler, cet homme en qui j'ai une absolue confiance. Cet homme qui a bouleversée ma vie parce que je n'imaginais pas possible d'être un jour respectée totalement dans toutes les facettes de ma personnalité.
Alors j'ai décidé d'écrire ici sous ses yeux et les vôtres. Par respect pour lui, par foi en lui, et parce que vous, les autres qui me lisez, je veux que vous sachiez ce que c'est, je veux que vous versiez des larmes parfois, je veux que vous ayez aussi le droit d'en rire, mais je ne veux pas que vous ayez peur. Je ne veux pas que nous ayons peurs. Et la seule façon que je connaisse de lutter contre la peur, c'est de dire, c'est d'écrire, décrire.

J'aurai peut être, j'aurai sans doute en écho un silence assourdissant, au début, je ne m'attends pas à des foules de commentaires. Certain, certaine, je le sais, en lisant les premières lignes n'iront pas plus loin. Trop de peurs à surmonter. Pour autant, j'écris ici, dans un lieu interactif, pour vous laissez le choix de la parole. Moi, je ne veux pas me taire. Moi, je ne suis pas digne, en tout cas, je ne place pas ma dignité dans le silence. Le silence c'est déjà la mort. Là au moins dans cette parole, je peux rester moi même et cesser de jouer le rôle, cesser de respirer un bon coup comme avant d'entrée en scène pour montrer un visage de retenue, un visage de cinéma, un visage d’Épinal de la femme qui souffre en silence et qui tient. Je ne suis pas celle là, non. Je suis une grande gueule, une pleureuse, hystérique à mes heures, fort sages à d'autres, je suis. Alors désolée pour les larmes, mais ce que nous allons partager ici, c'est de la vie encore.