Hier il s'est passé plein de choses.
Je me suis réveillée fatiguée, et avec ce fond de colère que je trimballe depuis quelques temps. Mon Il et ma belle fille dormait encore. Seule ma merveille était déjà debout et en grande forme. Je lui ai préparé son petit déjeuné puis nous sommes sortie faire les courses pour la semaine et donc pour le réveillon. Nous sommes rentrée et là j'ai eu la sensation que ça m'avait pris toute mon énergie. Mais la maison ressemblait à une porcherie, j'avais une tonne de linge en retard et tout le monde dormait. Et là ma colère et ma fatigue ont eu raison de moi. Je me suis mise à pleurer à gros bouillon, à gros sanglots, je n'arrivais plus à m'arrêter. ça a réveillé mon il d'abord "qu'est ce qui se passe ?" il me demande, "il se passe que j'en ai marre, mais marre, marre, marre, qu'on vit dans une porcherie, que je suis toute seule à tout gérer et que je n'en peux plus" Silence gêné au bout de la ligne... Je sais qu'il culpabilise déjà de ne pas m'aider d'avantage, mais bon fallait que ça sorte. Je pars dans le salon et je me remet à sangloter, incontrôlable, ça réveille ma belle fille qui me tend la boîte de mouchoir, ça me tire un sourire.
Et là je décide de me barrer, je vais aller chez le coiffeur, je vais me faire couper les cheveux, et quand je rentre, la merveille aura déjeuné et l'aspirateur aura été passé, voilà j'exprime ça avec colère, genre faut pas me contrarier. J'enfile mon manteau, j'ouvre la porte. Les courses que j'ai fait livrer arrive, je dis à mon Il " tu réceptionnes ?" Et là ... il me fait signe qu'il ne se sent pas bien, limite nauséeux. Je suis dans une rage folle. Je crie " Et merde p'tain fais chier !!!!!" La merveille se demande se qui se passe "va jouer dans ta chambre, je suis très en colère, c'est pas contre toi, et t'y peux rien, mais va jouer dans ta chambre je ne veux pas que ça te tombe dessus" Elle a filé sans discuter. Il cherche son médoc anti nausée, je le trouve. Le temps passe, pas de vomissement, il arrive même à prendre son café et le reste de son traitement. Il me dit "vas y maintenant", "non, si ça se déclenche comme vendredi dernier, je peux pas laisser ta fille et la notre gérer ça". Je prépare le déjeuné de midi, j'annonce qu'après c'est ménage. A la fin du repas, ma belle fille débarrasse la table et se remet au lit avec l'ordinateur portable. là, self contrôle. "Non, tu ne te remets pas au lit, tu fais ton lit et tu participes". je lui laisse le choix entre trois activités ménagère possible. Elle obtempère et ouf, elle n'a pas soupiré.
Discussion avec mon Il. "Tu vas comment à la séance de radio thérapie d'aujourd'hui?" "En transport en commun" P'tain, là j'ai envie de lui mettre des beignes, je suis très, très en colère. Je dis "non", Il tente d'esquiver la conversation, mais je lui dit " assied toi, là faut qu'on se parle un peu". Et j'explique "Si tu veux m'aider concrètement, si tu veux m'apporter un peu de soulagement, tu dois accepter de prendre soin de toi. Le taxi tu y as droit, si tu prends les transport en commun, tu pompes mon énergie par l'inquiétude que tu génères, donc je préfère t'emmener moi même, mais là tu pompes mon énergie parce que je suis obligée de prendre ça en charge". Comme toujours, quand je lui parle de moi, de mes besoins, l'argument fait mouche. Je dis aussi "je comprends que tu n'aimes pas te sentir diminué, dépendant, que tu veuilles te prouver que ça tu peux encore, mais va falloir qu'on trouve le bon compromis, et qu'on en parle, entre mon inquiétude et ta témérité". Conclusion, aujourd'hui il n'a pas de bon de transport pour ce faire rembourser le taxi (parce qu'il n'a pas demandé, sinon, il l'aurait eu) donc je l'accompagne mais en arrivant il demande les bons pour toutes les séances suivantes. ça c'est fait.
En début d'après midi sa sœur arrive, je me sens éteinte, épuisée. Dans la conversation je raconte que je n'ai pas pu aller chez la coiffeur aujourd'hui, on raconte en plaisantant comment mon Il a somatisé pour m'empêcher de me faire couper les cheveux. Et là elle a eu le bon réflexe, elle a dit: " mais vas y maintenant, je suis là, je t'attends, en plus j'ai trop envie de voir ta nouvelle tête et de voir la tête de mon frère quand il va voir ta nouvelle tête". Je ne me le fais pas dire deux fois. Je suis arrivée à 15h30 chez le coiffeur, j'en suis sortie à 17h30. ça y ai j'ai les cheveux court et ça me plait ( ce n'est pas du tout l'horreur que beaucoup m'avait promis)
Je rentre, mon il me sourit, c'est gentil de sa part, ça me fait du bien de le voir sourire. On part direct pour l'hôpital pour sa séance de radio thérapie. Dans la salle d'attente on entend tout ce qui se dit dans la cabine. C'est comme ça que j’apprends que la dernière séance de radio thérapie n'est pas aujourd'hui vendredi, mais mercredi prochain. J'entends mon Il dire "vous étonnez pas si vous voyez une marre de sang dans la salle d'attente" il anticipe ma réaction, ça me fait sourire. Je l'entend négocier l'heure de sa dernière séance. Notre départ en vacances était prévu pour mardi, le voilà repoussé d'un jour. Bon pas si grave. Mais, je me demande, est ce qu'on peut partir tout de suite après, est ce qu'on ne doit pas resté au cas ou il y aurait des effets secondaires qui se déclencheraient. Je suis en colère encore une fois et en même temps je commence à lâcher prise. "Bon ben j'appellerai ton médecin demain, pour savoir ce qu'il en pense, est ce qu'il donne le feu vert pour un départ mercredi ou pas, enfin, si t'a pas d'effet secondaire d'ici là parce que sinon, de toute façon..."
Le soir après le repas, on se fait un film comédie romantique avec ma belle fille. Je me laisse prendre par le film. Au générique de fin je pousse un gros soupir, elle me demande pourquoi, j'explique "bon retour dans le monde réel" Je me lève, je vais dans la cuisine, je prend un quart d’anxiolytique et je me dis "bon maintenant faut que j'arrête d'avoir peur, c'est la peur la clé de tout. Mon il a un cancer, et ça veut dire oui, que nous dépendons de sa maladie et des médecins, que nous ne pouvons rien prévoir parce que c'est ça la priorité, que les médecins ont beau nous dire " oui, oui, on fera en sorte de vous laisser tranquille pendant cette semaine là" ben, ils peuvent pas toujours, et en plus question communication et transmission d'information, ils sont plutôt nuls, parce qu'entre ce que l'oncologue nous dit et ce que fait le radio thérapeute, il y a un monde, le radio thérapeute, il s'en fout qu'on ait des vacances prévus. Alors voilà, on en est là et on y peux rien." Je respire un bon coup et je me dis aussi " c'est peut être le bon moment pour que lui et moi qu'on accepte sa maladie, que lui, accepte de prendre soin de lui et que moi j'arrête de vouloir tout contrôler pour étouffer ma peur". J'ai décidé d'arrêter d'avoir peur.
edit photo coupe courte:
